mardi 15 février 2011

Mise en boîte

Alfred B. était un collectionneur d'objets hétéroclites en tout genre, mais il avait un faible tout particulier pour les boîtes. Il était de toutes les brocantes et achetait toutes celles qu'il voyait sans distinction de prix, de tailles, de formes ou de couleurs. Sa maison était remplie du haut jusqu'en bas par ses trouvailles, mais sa collection de boîtes bénéficiait d'une pièce dédiée avec de hautes étagères et un classement par formes. Pas question de mélanger les triangulaires avec les octogonales ou les ovales!
Ce qu'il aimait dans les boîtes, c'était les secrets qu'elles renfermaient sous leurs couvercles. Bien souvent les gens ne prenaient pas garde à les vider ou abandonnaient l'affaire sans insister en constatant qu'elles ne voulaient pas s'ouvrir. Alfred B. lui huilait les serrures, les crochetait, bref, se débrouillait pour savoir ce qu'elles contenaient. Il y avait parfois des pièces de monnaies anciennes, parfois même des bijoux, mais le plus souvent il ne s'agissait que d'objets sans valeur qui avaient été néanmoins considérés par quelqu'un, à un moment donné, comme un trésor digne d'être protéger. Pour Alfred B., les perles de plastiques étaient aussi précieuses que les chaînes en or et c'est avec soin qu'il remettait en place les objets trouvés dans les boîtes avant de les ranger dans l'étagère.
Un jour, la serrure d'une grosse boîte de forme pyramidale lui donna plus de fil à retordre que d'habitude. Il lutta durant six longues heures avant de parvenir à l'ouvrir et fut surpris et amusé de découvrir une autre boîte pyramidale, également fermée. Pas découragé pour un sous, il s'attaqua à cette seconde serrure qui se révéla aussi difficile que la première, et se retrouva avec une troisième boîte.
L'idée qu'il était peut-être en face d'un genre de poupée russes version boîtes ne l'arrêta pas et il peina boîte après boîte, serrure après serrure, résolu à parvenir à la dernière. Il y avait peut-être autre chose qu'une boîte dans l'ultime pyramide.
La taille des boîtes étant de plus en plus petites, le travail était de plus en plus délicat et minutieux, mais il ne renonça pas.
Ce n'est qu'à la dix-huitième, que les yeux rouges, les doigts tremblants, il commença à se demander s'il arriverait jamais un jour à avoir le fin mot de l'histoire.

1 commentaire:

michèle a dit…

Au fond de l'ultime boîte un tout petit petit mot:
FIN