Affichage des articles dont le libellé est texte court. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est texte court. Afficher tous les articles

lundi 10 octobre 2011

Trois garnements et une boîte

Les regarder s'échiner à ouvrir la boîte était vraiment amusant. Ils étaient tous les trois dessus, tournant et retournant la clef dans la serrure, ne comprenant pas pourquoi cela ne fonctionnait pas, s'interrogeant mutuellement, se rejetant la faute.
C'était Damien qui avait dû la casser en prétendant être un pickpocket. Ou peut-être était-ce la faute d'Henri qui avait trouvé drôle d'essayer la petite clef dans une autre serrure. A moins que ce ne soit à cause de Pierre qui avait laissé tomber la boîte par terre, pas plus tard qu'hier !

Les entendre se disputer était vraiment cocasse. Je savais bien, moi, pourquoi elle ne s'ouvrait pas. Nous avions décidé ensemble la veille qu'il en serait ainsi. C'était une façon comme une autre de punir ces trois galopins qui se permettaient de faire tout et n'importe quoi. Et assurément, cela les obligeait à réfléchir à leurs actes.

Sentir leur frustration grandir était une douce revanche. Ils payaient pour leurs bêtises ! Cependant, goûter à ce plaisir avait un prix. La boîte était secouée dans tous les sens, passant des mains de Damien à celles d'Henri, et de celles d'Henri à Pierre avant de revenir à Damien. Les trois chenapans, chacun à leur tour, manipulaient la boîte sans ménagement, essayant chacun à leur façon de faire céder la serrure.
C'en était trop et la boîte s'ouvrit malgré mes protestations muettes. J'étais furieuse, moi la dame qui en ornait le couvercle. J'aurais voulu que nous restions plus longtemps en grève. Certainement, cette brève révolution ne suffirait pas à changer durablement les façons de faire de ces trois garnements !

mardi 6 septembre 2011

Un monde de boîtes

Il y a des clientes, à peine sont-elles entrées dans la boutique qu'on sait qu'elles vont nous mener la vie dure. Pas besoin d'avoir beaucoup de jugeote pour deviner qu'elles vont vouloir essayer des dizaines de paires de chaussures pour finir par n'en acheter aucune. Et, nous pauvres vendeurs et vendeuses esclaves, nous n'avons qu'à subir les caprices de notre reine du moment, dès fois que par miracle, elle se déciderait à passer à la caisse ! Nous, nous n'avons qu'à garder un sourire impassible aux lèvres tout en courant après la boîte à chaussures désirée. Escarpins rouge, taille 37. La même en noire. Baskets, taille 36. Ballerines lilas. Toutes les couleurs et toutes les formes y passent. Si bien qu'à la fin, les boîtes à chaussures s'entassent à côté de la cliente qui face à la glace, la moue aux lèvres, fait tournicoter son pied, jamais convaincue. La chaussure est trop juste, la couleur trop terne, la forme trop austère. Et nous pauvres vendeurs, nous n'avons qu'à repartir en quête de nouvelles boîtes contenant des paires différentes.

C'est justement un jour de cliente difficile qu'il se produisit quelque chose d'inédit. Moi et mon collègue, Léon, nous tenions la boutique, quand une cliente aux grands pieds débarqua. Pointure 43 pour une femme, c'est toujours délicat. Le choix est moins important et certains modèles n'existent pas dans cette taille. La jeune femme allait donc de déceptions en déceptions, s'échinant à rentrer son pied dans des chaussures trop petites et m'obligeant à fouiller dans l'arrière-boutique pour trouver une paire correspondante à sa pointure. Avec peine, je finis par dénicher une boîte en carton contenant des sandales blanches à la grecque taille 43. Seulement arrivée devant la cliente, pas moyen d'ouvrir la boîte, le couvercle devait être collé ou quelque chose dans ce goût-là. Voyant que je peinais, Léon intervint, mais n'eut pas plus de succès que moi. La cliente, elle, s'impatientait. En désespoir de cause, je finis par utiliser un cutter pour découper le haut du couvercle et extraire de la boîte les chaussures convoitées. Mais malgré mes précautions lors du découpage, le cutter dérapa et vint entamer une lanière de la sandale de gauche. La cliente râla, m'accusant d'avoir fait exprès d'abîmer la seule paire qui eut pu lui convenir, puis, à ma grande surprise, fondit en larmes : jamais elle ne trouvait chaussures adaptées à ses pieds longs et larges comme des pattes de canard ! Léon, attiré par les sanglots, vint s'agenouiller près d'elle tel un chevalier servant :
- Nous pouvons commander une autre paire à cette pointure, vous savez.
La cliente aux grands pieds pleura de plus belle et gémit:
- De toute façon, même si je porte de jolies chaussures, tout le monde continuera à se moquer des mes pieds de géante.
- Mais pourquoi ? Ils ne sont pas vilains du tout vos pieds, et croyez-moi, j'en ai vu des paquets. Ils sont peut-être grands, mais vous avez des orteils bien proportionnés et des ongles manucurés du plus bel effet.
Les sanglots de la jeune femme se calmèrent.
- Vraiment ? balbutia-t-elle.
- Oui, vous êtes très mignonne.
Je ne sus jamais de quoi Léon et elle parlèrent ensuite, car je dus aller m'occuper d'une autre cliente, toujours est-il que ce jour-là, grâce à une boîte qui ne voulait pas s'ouvrir, une cliente difficile trouva paradoxalement chaussure à son pied !

mercredi 10 août 2011

La boîte de mon enfance

Elle ne voulait plus s'ouvrir ma précieuse boîte, la boîte magique de mon enfance où j'avais depuis mes sept ans patiemment accumulées des trésors. En grandissant, je l'avais peu à peu délaissée. Mes trésors ne tenaient plus dedans. Ils étaient devenus trop volumineux. Ce n'était pas une place pour mon ordinateur portable... Par ailleurs, je ne voyais plus l'intérêt de garder une preuve tangible de moments partagés et par définition immatériel. A la poubelle, les tickets de cinéma ! Quant à mes économies, elles étaient plus en sécurité sur mon compte en banque.
Oui, il avait fallu que mes parents déménagent, m'obligeant à trier et jeter des affaires de ma chambre d'enfant pour que je retombe sur cette boîte à gâteaux en métal qui avait accueilli mes trésors jusqu'à ce que je l'oublie complètement, au point que je n'avais pas pris la peine de l'emmener lors de mon départ du nid familial.
Plus de dix ans s'étaient à présent écoulés et c'était seulement maintenant que je réalisais qu'elle m'était chère - ses petits gâteaux gâteaux au chocolat si appétissants malgré la peinture écaillée et tout son contenu qui m'était inaccessible tant que je n'aurais pas réussi à soulever le couvercle cabossé qui ne voulait plus s'ouvrir.
Mes doigts ne suffisant pas, j'attrapai le coupe papier qui traînait sur le bureau pour faire levier et fit une nouvelle tentative. Avec un clang le couvercle céda et je pus enfin toucher les trésors de mon enfance : la belle bille bleue gagnée à la cour de récréation, la plume noire d'un corbeau, un caillou marron lisse et doux, un bout de verre brillant récupéré dans la rue, ma petite voiture préférée, une pièce de dix francs qui n'avait plus qu'une valeur sentimentale, une mèche de cheveux... Les souvenirs affluaient à chaque retrouvaille avec ces petits riens insignifiants qui n'avaient de sens que pour moi.
Cette fois, j'allais l'emporter cette précieuse boîte, et peut-être même, si l'occasion se présentait, lui confier de nouveaux trésors.

mercredi 6 juillet 2011

Mystère et petite boîte

C'était la nuit. La chaleur était caniculaire et j'étouffais. Afin d'avoir un peu d'air, je sortis faire quelques pas dans mon jardin. Là, un éclat attira mon regard. Une chose réfléchissait la lumière de la lune, brillant comme un bijou dans son écrin d'herbe sèche. Je tendis la main et l'attrapai. C'était une boîte bleutée d'argent, une petite boîte qui ne voulait pas s'ouvrir. Je la tournai et retournai entre mes mains, me demandant comment elle avait pu atterrir dans mon jardin. Finalement, je rentrai me coucher. Je déposai ma trouvaille sur ma table de chevet et fermai les yeux, m'efforçant de m'endormir malgré la touffeur.
Mais le sommeil me fuyait. Alors, au lieu de compter les moutons, je me mis à échafauder toutes sortes d'hypothèses sur la provenance de la boîte bleutée d'argent. Pour ce que j'en savais, cela pouvait être aussi bien un personne ivre qui l'avait jetée dans mon jardin qu'une chose d'origine extraterrestre. D'hypothèses en suppositions, je finis par m'endormir.

Le lendemain, je m'attendais à avoir rêvé et à ce que la boîte ait disparu, mais elle était toujours là, exactement à l'endroit où je l'avais posée avant de m'allonger. Je n'y touchai pas et je me préparai pour partir travailler. Cependant, avant de quitter la maison, je l'empochai et, sur le chemin de mon travail, je continuai à tenter de deviner ses origines.
Alors que j'étais presque arrivé, mû d'une impulsion subite, je la pris et la lançai au-dessus du portail d'une maison. Je trouvais cela amusant d'imaginer que quelqu'un d'autre allait se poser des questions, quelqu'un qui peut-être aurait envie de percer une part de ses mystères. Moi, je préférais continuer à rêver.

mardi 14 juin 2011

Une boîte d'exception

Je repose sur une élégante commode au revêtement en marbre dans une chambre tout en velours. Je suis une boîte, mais pas n'importe quelle boîte. Mon couvercle est en or et des pierres précieuses y sont incrustées. Je renferme des bagues, des colliers et des bracelets. Pas de vulgaires babioles, non, d'authentiques bijoux. Seule ma propriétaire peut m'ouvrir au moyen d'une clé aux entrelacs délicats. La servante, quand elle m'époussète me manipule avec précaution.


Tous les matins, ma propriétaire qui est belle comme un coeur avec de longs cheveux dorés, glisse la clef dans la serrure et choisit avec ses soins ses bijoux. Tous les soirs, elle les repose, rangeant minutieusement chacun à sa place. J'ai suffisament de compartiments pour qu'il n'y ait point de mélange. Quand sa vie s'éteindra, soufflée par les années, je sais que sa fille héritera de moi. Je suis un splendide cadeau, un merveilleux héritage.


Cependant, être aussi exceptionnelle a ses inconvénients. Des gens louches me convoitent. Ainsi, pas plus tard qu'il y a une semaine, un bonhomme mal fagoté s'est infiltré dans la chambre de ma propriétaire et a osé glisser dans ma serrure un morceau de métal rouillé, croyant pouvoir piller mon contenu. Je n'ai pas cédé, gardant mon couvercle étroitement fermé. Alors, il m'a empoignée et m'a jetée sans façon dans un grossier sac en toile. J'ai cru mourir, je suis une boîte raffinée. Cependant, le valet de chambre l'a surpris et l'a rattrappé avant qu'il ne m'emmène dans un sinistre taudis pour me démanteler et me prendre les trésors que je garde jalousement. Ma petite vie tranquille a ainsi pu suivre son cours.

mercredi 1 juin 2011

La boîte ensablée

Aaron qui avait la chance d'habiter au bord de la mer, faisait régulièrement des promenades sur la plage, qu'il pleuve ou qu'il vente. Ce matin-là, alors qu'il marchait d'un pas lent, les pieds dans la mer, la brise marine dans les cheveux, il entendit une voix appeler à l'aide. Il regarda autour de lui, mais la plage était déserte. Pourtant, quelqu'un devait être là, quelque part. A nouveau, il fouilla des yeux les alentours. Personne.
- Aidez-moi, supplia encore la mystérieuse voix.
Cette fois, Aaron repéra d'où elle provenait.
A ses pieds, sous les vagues, aussi incroyable que cela puisse paraître, il y avait quelqu'un. Il se pencha en avant et mit ses mains dans l'eau. Il sentit des algues, du sable, des coquillages, et finalement quelque chose d'insolite. En creusant un peu, il trouva une boîte métallique rouillée, rongée par son séjour prolongé dans la mer.
- Aidez-moi, répéta plaintivement la voix.
Aaron se rappelant toutes les histoires de boîte qu'il avait lu dans sa vie, se demanda s'il ne ferait pas mieux de l'abandonner dans le sable, mais la curiousité fut plus forte. Bercé par les murmures de la voix qui appelait au secours sans se lasser, il parvint, après plusieurs tentatives à ouvrir la boîte. Une petite femme aux cheveux roux était assise au fond.
- Merci de m'avoir libéré, dit-elle.
Aaron qui s'était plutôt attendu à un canular, n'en revint pas. Il resta muet de stupeur.
- Vous êtes un génie, vous allez réaliser trois voeux pour moi ? balbutia-t-il finalement.
- Non. Désolée, répondit-elle en se relevant.
- Il y a beaucoup de créatures comme toi ? demanda le jeune homme en se pinçant discrètement le bras pour s'assurer qu'il ne rêvait pas.
- Je ne crois pas.
- Pourquoi as-tu été enfermée ? s'enquit-il.
- Pour avoir aidé quelqu'un, répondit la petite bonne femme et sur ces mots, elle sauta sur le sable, hors de la boîte.
A peine eut-elle quitté sa prison qu'Aaron se sentit rétrécir et fut aspiré dans la boîte. Avant que le couvercle de celle-ci ne se referme avec un grincement sinistre, il eut le temps d'apercevoir une jeune femme rousse s'enfuir en courant à l'horizon.

mardi 17 mai 2011

La boîte à photos

Avec peine, Sandra l'avait ouverte. A l'aide d'un épingle, elle avait trafiqué le fermoir de la boîte et contemplait à présent son contenu. Elle était ravie. Il y avait peut-être réuni là plus d'une centaine de photos d'animaux prises par son défunt grand-père au cours de ses nombreux voyages.

Avec précaution, pour ne pas les abîmer, elle les sortit doucement par petits paquets et forma quatre jolies piles avant de regarder chaque photo l'une après l'autre : un loup magnifique et sauvage, une otarie qui rigolait, un lion qui bâillait à s'en décrocher la mâchoire, un chat endormi roulé en boule, la nageoire d'un dauphin, un poussin jaune d'or qui picorait... Il semblait n'y avoir aucun ordre précis à la collection, mais chaque animal était un régal pour les yeux.

Puis, soudain, entre un serpent enroulé sur lui même et un aigle au regard perçant, Sandra tomba sur le portrait d'une femme aux grands cheveux blonds, un beau visage pris sur le vif dans lequel on sentait tout l'amour du photographe pour son sujet. Seulement, cette femme n'était pas sa grand-mère quand elle était jeune, Sandra en était certaine.

Avec précipitation, troublée par sa découverte, Sandra rangea les photos dans la boîte en bois noir et la referma. Elle sentait qu'elle était tombée sur un secret qu'elle aurait mieux d'ignorer, un secret dont elle ne devait parler à personne, et surtout pas à sa grand-mère.

Elle comprenait enfin pourquoi la boîte à photos avait été si bien fermée.

mercredi 27 avril 2011

Enfermée

Elle se promenait tranquillement, sans rien demander à personne, quand soudain, elle fut poussée avec brutalité et tomba.
Le choc l'étourdit. Quand elle reprit ses esprits, elle se rendit compte qu'elle avait changé de lieu. Elle se trouvait dans un endroit privé de lumière. Paniquée, elle palpa autour d'elle. Le plafond était extrêmement bas. Les murs et le sol étaient lisses. Il n'y avait aucune issue et il flottait dans l'air une forte odeur de cèdre. Seule une mince ligne à quelques centimètres du plafond laissait filtrer un peu d'air. Avec fièvre, elle explora à nouveau sa prison, mais il n'y avait aucune issue, aucun moyen de s'échapper. Désespérée, elle s'immobilisa près de la rainure où elle pouvait sentir l'air. Elle n'avait pas d'autre choix que d'attendre que celui qui l'avait enfermée daigne la libérer.


Avec lenteur, le temps s'écoula et, petit à petit la faim la gagna, mais nul ne vint. Elle commençait à se demander si cette boîte où elle était enfermée n'allait pas devenir son cercueil quand brusquement, la lumière envahit la prison. Le plafond avait disparu.
Avec l'énergie du désespoir, elle se précipita à toute allure hors des murs. Elle ne savait pas où elle allait, mais elle s'en moquait. ce qui comptait c'est qu'elle pouvait à nouveau respirer et se mouvoir à son aise. Jamais l'herbe ne lui avait paru aussi accueillante.

jeudi 31 mars 2011

Qu'est-ce que tu veux faire plus tard ?

Qu'est-ce que tu veux faire plus tard ? Voilà une question qui revient souvent. On nous la pose dès l'école primaire et elle continue à nous être posée tout au long de notre scolarité. Hélas, la réponse que l'on donne se doit d'être de plus en plus sérieuse et précise au fur et à mesure que les années passent.
En primaire, on peut encore rêver à devenir être astronaute ou poète, mais au collège déjà, les choses se corsent, on commence à nous demander d'être réalistes. Pas moyen de répondre "clown" à la question de l'orientation !

Qu'est-ce que tu veux faire plus tard ? On y répond encore et encore, avec plus ou moins de conviction, pour de vrai ou simplement pour qu'on arrête de nous demander.
Chaque enfant, collégien, lycéen, étudiant donne sa réponse, tous les métiers y passent - du moins tout ceux qui sont connus. Ce qui est souvent oublié, c'est que d'ici notre réponse à la question et le fameux "plus tard", d'autres métiers ont le temps de naître.

Alors, si jamais on vous ennuie encore avec cette question, n'hésitez surtout pas à répondre "je veux faire un métier qui n'existe pas encore aujourd'hui"

mardi 15 février 2011

Mise en boîte

Alfred B. était un collectionneur d'objets hétéroclites en tout genre, mais il avait un faible tout particulier pour les boîtes. Il était de toutes les brocantes et achetait toutes celles qu'il voyait sans distinction de prix, de tailles, de formes ou de couleurs. Sa maison était remplie du haut jusqu'en bas par ses trouvailles, mais sa collection de boîtes bénéficiait d'une pièce dédiée avec de hautes étagères et un classement par formes. Pas question de mélanger les triangulaires avec les octogonales ou les ovales!
Ce qu'il aimait dans les boîtes, c'était les secrets qu'elles renfermaient sous leurs couvercles. Bien souvent les gens ne prenaient pas garde à les vider ou abandonnaient l'affaire sans insister en constatant qu'elles ne voulaient pas s'ouvrir. Alfred B. lui huilait les serrures, les crochetait, bref, se débrouillait pour savoir ce qu'elles contenaient. Il y avait parfois des pièces de monnaies anciennes, parfois même des bijoux, mais le plus souvent il ne s'agissait que d'objets sans valeur qui avaient été néanmoins considérés par quelqu'un, à un moment donné, comme un trésor digne d'être protéger. Pour Alfred B., les perles de plastiques étaient aussi précieuses que les chaînes en or et c'est avec soin qu'il remettait en place les objets trouvés dans les boîtes avant de les ranger dans l'étagère.
Un jour, la serrure d'une grosse boîte de forme pyramidale lui donna plus de fil à retordre que d'habitude. Il lutta durant six longues heures avant de parvenir à l'ouvrir et fut surpris et amusé de découvrir une autre boîte pyramidale, également fermée. Pas découragé pour un sous, il s'attaqua à cette seconde serrure qui se révéla aussi difficile que la première, et se retrouva avec une troisième boîte.
L'idée qu'il était peut-être en face d'un genre de poupée russes version boîtes ne l'arrêta pas et il peina boîte après boîte, serrure après serrure, résolu à parvenir à la dernière. Il y avait peut-être autre chose qu'une boîte dans l'ultime pyramide.
La taille des boîtes étant de plus en plus petites, le travail était de plus en plus délicat et minutieux, mais il ne renonça pas.
Ce n'est qu'à la dix-huitième, que les yeux rouges, les doigts tremblants, il commença à se demander s'il arriverait jamais un jour à avoir le fin mot de l'histoire.

mardi 11 janvier 2011

La boîte du grenier

Paul et Clara attendaient toujours le dernier samedi du mois avec impatience, car c'était le jour sacro-saint de la visite à mamie Charlotte. Se rendre chez elle était synonyme de gâteaux à gogo, de petits cadeaux et d'heures de jeu dans le grenier. Tout deux grands lecteurs, ils avaient lu des tonnes d'histoires sur les greniers et prenaient plaisir à s'imaginer qu'un jour, dans le grenier de grand-mère Charlotte, ils tomberaient sur un objet magique qui les transporterait dans un autre monde. En attendant, malgré la poussière et les toiles d'araignée, ils y trainaient des heures. Clara enfilait une vieille robe de Charlotte par-dessus son jeans, Paul enfonçait sur sa tête le vieux casque de grand-père et ils s'inventaient des tas de folles aventures tout en fouillant dans les malles et meubles qui peuplaient le grenier.
Ce samedi-là, après s'être remplis de jus de pomme et de cookies au chocolat, ils étaient grimpés au grenier et s'étaient métamorphosés en archéologues. Armés d'un carnet jauni et d'un vieux chiffon, ils avaient exploré avec une fièvre plus grande que d'habitude le grenier. Ils avaient déplacé des malles jusque là intouchées et étalé sur le plancher leur contenu afin d'en établir un inventaire détaillé.
Paul avec un bout de crayon mâchouillé, griffonnait le nom de chaque chose dans son carnet : un ours en peluche au ruban fané, une paire de gants en velours, trois boules de naphtaline, un moulin à café cabossé, un téléphone des années 60, une bille en verre poli, une petite boîte ronde... Clara qui essuyait les objets, ne prit pas le suivant, mais continua à frotter amoureusement la petite boîte dont l'émail bleu piqueté n'avait pourtant rien d'engageant. Paul la rappela à l'ordre, en vain. De guerre lasse, il vint s'agenouiller voir ce que la boîte avait d'extraordinaire. Concluant qu'elle n'avait rien de particulier, mais désireux de faire enrager sa sœur, il lui arracha des mains et la secoua au dessus de sa tête. Un bruit de grelot se fit alors entendre. Clara voulut la lui reprendre, mais Paul refusa.
Après quelques minutes de disputes, les deux "archéologues" entreprirent à tour de rôle d'ouvrir la boîte pour voir ce qu'elle renfermait. Ils s'échinèrent en vain. La boîte refusait de leur dévoiler son trésor. Clara et Paul la secouèrent dans tous les sens, de plus en plus curieux de savoir ce qui faisait ce bruit de grelot à l'intérieur.
Hélas, ils n'étaient toujours pas parvenus à leurs fins quand grand-mère Charlotte les appela pour leur dire qu'il était l'heure qu'ils rentrent chez eux. Clara et Paul pestèrent. Ils ne voulaient pas attendre le mois prochain pour résoudre le mystère de la boîte.
Finalement, après délibération avec Paul, Clara la descendit pour la montrer à leur grand-mère. Si Charlotte n'eut pas plus de succès qu'eux pour l'ouvrir, elle finit, à force de se creuser la cervelle, par se rappeler ce qu'elle contenait. Elle éclata de rire et satisfit la curiosité des deux enfants.


mercredi 8 décembre 2010

La boîte de Noël

Toute la famille Petrouchnovisk s'était réunie pour Noël. Oncle Vania était même venu exprès d'Angleterre. La petite Tatania était très excitée. Elle avait hâte d'être le 25 au matin et d'ouvrir tous ses cadeaux. Contrairement à son petit frère Ivan, elle savait que le père Noël n'existait pas, mais elle espérait tout de même obtenir la belle poupée aux boucles brunes et à la robe de soie rose à volants qu'elle avait réclamée à cor et à cri à maman... A l'idée que la poupée l'attendait peut-être sous le sapin, elle se sentait incapable de dormir. Elle aurait voulu être déjà demain et la tenir entre ses bras.
Finalement, lasse de se tourner et se retourner dans son lit, elle se leva et gagna le salon sur la pointe des pieds. Le feu mourant dans la cheminée éclairait faiblement les cadeaux qui avaient été disposés avec soin au pied du sapin. Tout doucement, pour ne pas faire de bruit, elle s'agenouilla et déchiffra les étiquettes : Vania, Ivan... Tatiana. Hélas, il était impossible que ce soit une poupée : le paquet était tout mou. Déçue, elle continua à chercher jusqu'à ce qu'elle trouve un cadeau à son nom qui soit susceptible de contenir le jouet tant désiré.
Puis, tout en sachant qu'elle n'aurait pas dû, qu'elle risquait d'être grondée, elle défit le ruban rouge du paquet, décidée à s'assurer qu'il s'agissait bien de la poupée. Malheureusement, tandis qu'elle enlevait délicatement le papier doré, les dernières braises s'éteignirent, la plongeant dans le noir.
Elle s'arrêta un instant, interdite et effrayée, puis reprit sa tâche. Elle était allée trop loin pour ne pas aller jusqu'au bout. A l'aveugle, elle palpa l'objet déballé : c'était une boîte rectangulaire avec des motifs en relief. Des fleurs sans doute... Elle chercha à soulever le couvercle, mais sans succès. La boîte semblait fermée à clef. Il était impossible de vérifier si la poupée était dedans. Tatiana, la mort dans l'âme, referma le paquet du mieux qu'elle put et retourna à pas de loup dans sa chambre. Plus que quelques heures et demain serait là...

Quand Tatiana rouvrit les yeux, des chants de Noël résonnaient dans toute la maison. D'un bond, elle fut hors de son lit et en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, elle fut dans le salon. Une bonne partie de la famille Petrouchnovisk étaient debout et Ivan avait même déjà commencé à ouvrir un de ses cadeaux. Tatiana s'empressa de le rejoindre et de l'imiter. Elle s'empara bien entendu en premier du paquet rectangulaire au ruban rouge et déchira avec bonheur son papier doré. Elle découvrit une jolie boîte en bois munie d'une serrure argentée. Avant même qu'elle n'essaie de l'ouvrir, oncle Vania lui tendit une petite clef accrochée à une chaîne. Tatiana, tout en pressentant qu'elle ne trouverait pas à l'intérieur la poupée de ses rêves, le remercia, la prit et la glissa impatiemment dans la serrure. Avec un petit déclic, la boîte s'ouvrit. Elle était vide, mais au fond, se détachant nettement en lettres dorées, on pouvait lire : "boîte aux trésors." Tatiana allait pousser un cri de déception quand sa maman lui tendit un paquet qu'elle n'avait pas vu la veille, en lui déclarant :
- Je suis sûre que tu aimeras y ranger ta poupée.

jeudi 18 novembre 2010

La boîte - version 1

Ce jour-là, comme tous les autres jours, à 14 heures précises, le vieil Hugo se leva péniblement de son fauteuil, descendit lentement les escaliers et sortit de sa maison pour aller chercher le courrier dans sa boîte aux lettres.

Hugo était un homme routinier. Après sa retraite, il s'était un recrée un emploi du temps qu'il suivait très exactement. Son réveil sonnait chaque matin à 8 heures tapantes. Son petit déjeuner était composé d'une tasse de café noire et d'une tartine de beurre et ne prenait jamais plus de dix minutes. Il se brossait ensuite les dents, se douchait, se rasait et retournait à son lit où il se mettait à lire. A midi pile, il abandonnait sa lecture, prenait un repas léger et partait s'installer dans son fauteuil, devant la télévision.

Ce jour-là, donc, comme tous les autres jours, à 14 heures, le vieil Hugo ouvrit sa boîte aux lettres et sortit ce qui s'y trouvait. Entre une facture et trois publicités, il découvrit une boîte plate de forme rectangulaire. Il la ramena chez lui avec son courrier et, intrigué malgré lui, la tourna et la retourna dans tout les sens. Il n'y avait pas de nom, pas la moindre indication d'où elle venait et pas moyen de l'ouvrir. La boîte métallique était en effet dépourvue de fermoir.

Irrité, Hugo la posa sur la petite table de son entrée, parcourut distraitement les publicités, ouvrit la facture et sortit se promener. Qu'il pleuve, qu'il neige ou qu'il vente, il se promenait durant une heure entière chaque jour.
Tout en marchant d'un pas tranquille, il se demanda ce que la boîte pouvait bien contenir, comment elle avait pu atterrir chez lui, à qui elle appartenait... Il fut incapable de penser à autre chose durant tout le trajet.

Quand il rentra, il dut résister au désir d'essayer d'ouvrir la boîte. Il remonta les escaliers en grommelant, s'allongea sur son lit et reprit la lecture du livre qu'il avait commencé le matin même. Cependant, il ne parvint pas à tourner une seule page. Sans cesse, son esprit revenait vers la boîte. Malgré tout, déterminé à respecter à la lettre son emploi du temps, il ne bougea pas.

Ce n'est qu'à l'heure où il se couchait pour la nuit que le vieil Hugo craqua. Il redescendit une à une les marches de l'escalier et s'efforça d'ouvrir la boîte. De fil en aiguille, de tentatives en tentatives, il y passa la nuit.
Dans un état second, il entendit sonner son réveil de huit heures du matin, mais il n'alla pas petit déjeuner. Il était fermement déterminé à découvrir ce que renfermait la boîte.

Finalement, de rage, il s'attaqua à l'objet avec une scie à métaux et la coupa en deux. La boîte était vide. Il était 9 heures et quart. Le vieil Hugo s'endormit.

____________________________________________
Pour information, ce texte fait parti d'un défi que je me suis lancée à moi-même : écrire 30 versions, comme autant de copies d'élèves d'une classe de taille moyenne, d'une même histoire.
Le sujet : la découverte d'une boîte difficile à ouvrir.
Comme je l'écrivais il y a quelques temps, une bonne manière de s'entraîner à écrire consiste à écrire une même histoire de plusieurs manières...
Alors, préparez-vous dans les mois à venir à lire des histoires de boîtes !

jeudi 9 septembre 2010

Les mots

Bonjour. Nous sommes polis, n'est-ce pas ? Enfin, il est poli. Voilà pourquoi nous vous saluons. Oui, c'est à vous que nous parlons, nous qui sommes sous vos yeux.
Pour continuer à suivre les règles de la politesse, nous allons nous présenter en bonne et due forme : nous sommes les mots. Nous vous prévenons, nous ne quitterons pas ce bout d'écran. Rien ne nous y forcera.
Lui, c'est l'individu qui nous a mis là. Et vous, c'est vous. Vous savez mieux que nous qui vous êtes. Vous êtes les lecteurs. Les juges. Nous vous le demandons, de quoi sommes nous accusés? Ah non, c'est vrai, il nous arrête, il nous explique : nous devons vous plaire et pour vous plaire, nous devons être polis, beaux et bien agencés. Enfin, être au moins tout cela. Bien orthographiés, bien ponctués, bien stylés.
Nous avons peur de ne jamais pouvoir répondre à vos exigences, le savez-vous ? Nous ne pouvons pas être parfaits. Il y aura forcément l'un d'entre nous qui vous choquera. Il aurait bien dit "écorcher l'oreille", mais nous l'avons freiné, car il y a bien peu de chance que vous nous prononciez à voix haute et que vous nous entendiez. A dire vrai, être lus est largement suffisant. Oui, l'un ou plusieurs d'entre nous vous chagrineront, vous perturberont et nous ne savons quoi d'autre. De toute façon, nous ne savons rien de vos goûts : ni de ce qui peut vous enchanter, ni de ce qui peut vous horrifier. Nous nous sentons tout petits, perdus sur l'écran.
En fait, pour tout avouer, nous avons peur, très peur. Qu'est-ce qui va nous arriver, hein ? Après avoir été lu, qu'allons-nous devenir ? Nous risquons d'être mis à la poubelle de l'oubli... Triste fin ! Heureusement, il y en aura d'autres pour prendre notre relève.

mercredi 26 mai 2010

Exercice de style : Noël bien avant l'heure

Si cette histoire vous semble charabiastique, amis lecteurs, ne vous étonnez pas, c'est parce qu'elle contient les 20 mots inventés qui ont été définis sur ce site.

Un auant, un orizaboum et une pompinette s'étaient donnés rendez-vous le jour des fryfris afin de préparer Noël. Si l'auant et la pompinette étaient zarzibèles à cette idée, l'orizaboum était quelque peu mélanostalgique. Il faut dire que ce dernier était un peu niaselet.
Ce matin-là, en guise de petit déjeuner, la pompinette fit ce qu'elle faisait par définition, l'auant lacta en grommelant ses céréales et l'orizaboum croquina un petit gâteau. Comme les nuages enfluamaient le ciel, chacun se chaussetta avant de sortir.
L'orizaboum locomotionna ensuite la pompinette et l'auant afin d'aller chercher un sapin. Au moment de couper l'arbre, la pompinette cria, terrorifiée par une ombre menaçante. L'auant lui dit de s'adultiser, mais l'orizaboum défendit la pompinette. Même s'ils furent loin d'avoir envie de se ratatapanter, ils se touspiallèrent avant de se réconcilier et de continuer à noëller.
A la fin de la journée, tout fut prêt pour Noël : les décorations, la nourriture, le sapin, tout était hallucinantissime !

jeudi 18 mars 2010

Un regard différent

Il y a des jours où l'on porte un regard différent sur les choses et les êtres, comme ça, sans qu'on sache exactement pourquoi.

Brusquement, le mot laideur se vide de sa substance, tout est beau. Tout ce qui semblait disproportionné, mal agencé chez les autres n'apparaît plus : les membres et appendices trop grands, trop gros sont en harmonie avec le reste du corps de la personne.

Soudain, tout devient artistique. Les feuilles de papiers journaux déchirées, mouillées, foulées aux pieds qui collent amoureusement au trottoir, forment un étrange dessin. Le mégot de cigarette jeté négligemment dans le caniveau par un passant possède un caractère tragique et poétique avec sa cendre qui s'effiloche dans le vent. Quant au sac en plastique blanc accroché sur la branche d'un arbre tel un oiseau, il se repose avant de reprendre le cours de son long et mystérieux voyage...

jeudi 25 février 2010

Paperasse, la plaie !

Les papiers administratifs, il faut toujours en remplir des tonnes de kilomètres. On perd vite le compte du nombre de fois où il faut écrire son nom, son adresse et son numéro de téléphone...
A ces informations sans cesse demandées, il faut ajouter une liasse de photocopies de papiers dont on apprendra que la moitié ne sert à rien et que l'on peut se la garder tandis que l'autre ira prendre la poussière dans un coin... jusqu'à ce que l'on vous réclame de nouveau les mêmes photocopies l'année suivante !
Le raffinement suprême, c'est que chaque papier administratif que l'on remplit possède ses petites particularités, ses codes et ses questions sur notre statut dont on ne sait où trouver les réponses...

Par ailleurs, comme le progrès c'est formidable, avec l'informatique, nous avons maintenant l'immense plaisir de remettre à jour des cartes dans des bornes. Si les bonnes informations n'apparaissent pas sur la carte, il est nécessaire de téléphoner... Là, on vous apprendra que pour régulariser votre situation, il faut que vous envoyiez des papiers. La boucle est bouclée !

jeudi 11 février 2010

Autoportrait

Je suis une jeune femme mince, âgée d'un quart de siècle, qui mesure environ un mètre soixante cinq. J'ai les cheveux châtains, mais quand on regarde de plus près, on y trouve des mèches plus claires presque blondes, d'autres plus sombres presque brunes, d'autres presque rousses ; on peut même voir quelques fils blancs. Mes cheveux m'arrivent juste en dessous des épaules. Je les garde généralement détachés et ils encadrent l'ovale de mon visage qui est blanc endive les trois quart de l'année. Mon front dégagé m'allonge encore le visage. Sous mes cheveux, je cache des oreilles dont j'aime la taille enfantine.
Le bleu de mes yeux ressort quand je m'habille avec cette couleur, sinon, le reste du temps, mes yeux semblent osciller entre le vert et le gris. J'ai d'épais sourcils noirs et de longs cils. Mon nez est grand et mes narines sont larges. Quant à mes lèvres, elles sont plutôt épaisses.
Je me tiens toujours légèrement courbée. J'ai des bras minces et musclés, une petite poitrine, une taille qui paraît d'autant plus fine que mes hanches sont larges, de grosses cuisses, des genoux qui se regardent et des pieds qui chaussent du 39. Les doigts de mes mains sont courts, et peu remarquables à l'exception du majeur droit qui est orné d'une bosse d'écriture de taille impressionnante.

jeudi 28 janvier 2010

Le corps artiste

Que tous mes gestes, qu'ils soient lents et doux ou rapides et rythmés, expriment la beauté du monde...
Que naissent sous mes doigts des formes et des êtres qui illuminent les yeux...
Que ma voix soit une mélodie dont les sonorités et les significations transportent dans un ailleurs...
Que tout mon sang soit l'encre qui noircisse les pages et colore les rêves...
Que mon corps tout entier se transforme en art pour n'être plus que création !

mercredi 11 février 2009

J'aimerais...


Je voudrais être l'oiseau posé sur la branche. Le tout petit en haut. Le moineau. Celui qui avale le pain avec une avidité étonnante. Voilà ce que pensait une petite fille qui marchait dans une forêt où bruissait la vie. La fine silhouette de la fillette disparut dans l'ombre d'un grand pin. Dans les arbres pépiaient les oiseaux.


J'aimerais devenir un loup, un grand loup sauvage et solitaire. Un qui court sans fatigue et qui ne manque jamais sa proie. Un loup au pelage argenté et aux yeux dorés. Comme ceux qu'on voit dans les livres d'images, songeait un adolescent boutonneux et haut comme une perche qui s'était assis dans une grotte. La nuit était tombée, et on aurait pu croire entendre le hurlement lointain d'un loup.

Je souhaiterais me transformer en arbre. Un arbre élancé et toujours vert. Le pin. Un qui serait situé sur le versant d'une montagne. Un beau pin solide, résistant à toutes les intempéries. Ainsi songeait une vieille femme tout en clopinant aux abords d'une montagne. Les pierres roulaient et les branches crissaient sous ses pas. Les feuilles mortes s'envolaient sur le chemin.

Je désirerais me changer en courant d'air. Être le vent qui passe. Celui qui souffle dans les cheveux, qui soulève les feuilles et qui fait rêver. Ce vent tour à tour puissant et faible. Ce mélange de douceur et de sauvagerie. Ce vent qui caresse les visages et qui gronde derrière le carreau. C'étaient les pensées d'une jeune femme qui, penchée à sa fenêtre, sentait le passage de ce vent délicieux. Et elle rêvait confortablement installée dans un fauteuil.

J'ai envie de vivre dans l'eau. Comme un poisson. Jouer dans la joie et la bonne humeur. Un dauphin comme ceux qui remuent dans les vagues, bondissent et plongent dans la mer. Cette idée tournait dans la tête d'un homme qui longeait un port. Son regard se portait à l'horizon où un soleil couchant apparaissait. Au loin, très loin, on aurait pu croire voir des silhouettes d'animaux jouant.

On aimerait tous être quelqu'un ou quelque chose d'autre à un moment de notre vie. Mais il n'y a jamais personne pour réaliser ses voeux qui semblent encore impossibles à l'homme. Pas un seul scientifique peut promettre à l'homme de se changer en feu, de devenir un lion, ou un lapin. Il y a bien des illusions crées par les magiciens, et les rêves des illuminés, mais rien de réel. Vers qui se tourner pour réaliser ces rêves un peu fous ? Les génies ? Ils ne sont que dans les lampes. Le Diable ? Son prix est trop élevé. Les fées ? Oui, vers les fées. Ce sont des petites créatures charmantes et magiques.